Quelles stratégies de croissance pour une Europe,entre concurrence externe (blocs Asie/USA) et organique (pôles régionaux et nationaux)?

12/06/2008 18:38

 

Compte-Rendu de la conférence annuelle World Investment Conference (4 au 6 Juin 2008 à La Baule), intitulée :

Brainpower in Europe: the driver for growth



LE CONTENU DE LA CONFERENCE

Comme chaque année depuis 6 ans, La Baule accueille des personnalités reconnues du monde des affaires et de la politique, - entre ministres des finances, CEO de sociétés multinationales ou consultants de haut vol- pour débattre des problématiques de croissance, vu du côté européen.

Cette année, la conférence a été découpée en 3 grands pôles :

- Euromed Investment Conference (ie, co-développement Méditerrannée/Europe)

- California Tech ShowCase (ie, start-ups high-tech californiennes & européennes)

- Transatlantic Green Platform (ie, développement durable)

L’OBJECTIF

- Améliorer et auditer l’attractivité européenne ;

- Analyser les politiques économiques et sociales ;

- Comprendre les besoins des investisseurs internationaux ;

- Développer les coopérations Europe/USA/Méditerranée.

MON COMPTE-RENDU

A) L’EUROPE EST TIRAILLEE ENTRE PLUSIEURS BLOCS

1) L’Europe perd non-seulement sa prééminence économique …

Le bloc Europe est concurrencé, sur un plan capitalistique et financier par les autres blocs :

- 1.1) Dans le domaine high-tech, prééminence des Etats-Unis (Silicon Valley en Californie notamment) sur l’Europe.

Source : Truffle

-1.2) Selon Geoffroy Roux de Bézieux (CEO de Croissance Plus), il faut désormais compter avec d’autres pays comme Israel, avec 1.1 Milliards de $ levé en 2007.

Source : IVC

1.3) La Chine se transforme en financier des Etats-Unis, comme le soulignait Jean-Pierre Raffarrin, ancien Premier Ministre (cf, aussi analyse de Xavier Musca, Directeur du Trésor qui indique ICI 1400 milliards $US de réserve pour la seule Chine à la fin de l'année 2007)

1.4) L’Effet Papillon:

La crise des subprimes, la faiblesse du $US, autant de facteurs que subissent les places de marché européennes.

On peut aussi rajouter le développement économique de plusieurs pays (zone Asie + zone ex-Europe de l’Est) qui pèse sur le cours des matières premières (cours du pétrôle, du blé…)

2) … mais en interne, chaque zone adopte une stratégie en solo

Lors du WIC, des régions (Wallonie) mais aussi des pays (Espagne, Hongrie, Slovénie) ont profité de leur présence pour démarcher les investisseurs étrangers, avec des présentations (ou plutôt des pitches que ne renieraient pas des sociétés privées!) vantant les mérites de leur économie :

2.1) Une compétition de l’Ouest européen, comme la Wallonie qui indique que sa productivité est de 20% supérieure à la moyenne européenne, l’Espagne qui souligne que l’Investissement Direct Etranger (FDI) en 2006 est de 443 Mds USD.

2.2) L’émergence des anciens pays du bloc de l’Est, comme la Slovénie, qui met en avant son éthique, sa position géographique idéale entre Europe de l’Ouest et Europe Centrale, sans oublier sa qualité de vie.

2.3) Un déséquilibre des politiques publiques d’investissement. Ainsi, aux Pays-Bas, le niveau de R&D et d’implication dans les NTIC est très faible, comparé à celui de la France.

2.4) Une frilosité des investissements privés européens qui privilégient le Capital-Développement au détriment du Capital-Risque. Ainsi, 3i annonçait-il il y a quelques mois l’abondon de sa politique de financement de l’amorçage.

L’Europe est donc bien à la croisée des chemins et doit déterminer quelles stratégies adopter pour retrouver son autonomie et ne pas être à la merci de crises importées de blocs concurrents.

B) L’EUROPE DOIT RETROUVER SON INDEPENDANCE

1) Un New Deal européen:

1.1) Mettre en œuvre et appliquer un Small Business Act réel pour développer les PME innovantes ;

1.2) S’appuyer sur le développement de l’intelligence humaine, en investissant dans la connaissance et l’éducation. C’est ce que démontrait brillamment Paul Wright d’Oxford Intelligence qui indiquait que, contrairement à ce que l’on pense, les investisseurs étrangers privilégient une implantation dans des zones où les salaires sont les plus élevés, gage de présence de profils de haut niveau et decompétence immédiate ;

1.3) Obligation de moderniser et surtout de standardiser le marché du travail ;

1.4) Développer des nombreuses Silicon Valley, comme lé déclarait en vidéo Christine Lagarde, la ministre des Finances, en annonçant l’établissement en France de 71 clusters/pôles d’excellence ;

1.5) Profiter de la Présidence française de l’Europe pour protéger l’innovation européenne, comme le prône Thierry Morin (CEO de Valéo), qui expliquait notamment que l’équivalent de l’INPI (qu’il préside) au Japon rapporte directement au gouvernement.

2) Un engagement réel du secteur privé aujourd’hui poussif

2.1) Développer la coopétition, comme l’illustraient Pierre Verluca (CEO de Vallourec) et DR Hiroshi Tomono (Pdt de Sumitomo) qui collaborent depuis 30 ans en R&D et se partagent chacun 50% des bénéfices induits sur des projets communs.

2.2) Développer des fusions, comme celle d’Euronext avec la New York Stock Exchange, (NYSE) qui a permis, comme le citait Catherine Kinney (VP & Head of Global Listings of NYSE Euronext), de standardiser et donc de réduire les frais de transaction.

Continuer à séduire les investissements étrangers (FDI) en Europe en mettant un focus sur la connaissance (knowledge) et les services, comme le rapporte Marc Lhermitte (Partner chez Ernst & Young, et co-auteur du Rapport « Ernst & Young’s fifth annual European attractiveness survey, An open world »).

EN CONCLUSION:

Comme on a pu le voir, de nombreuses pistes sont proposées pour booster la croissance européenne, mais des questions demeurent encore en suspens :

- A) Faut-il que l’établissement de clusters/pôles de compétence en Europe se fasse à une échelle globale ou un cluster français doit-il être en concurrence directe avec un cluster espagnol ?

- B) De plus, chaque cluster doit-il être hyper-spécialisé par secteur (l’un dans le high-tech, l’autre dans le développement durable) ou chaque pôle doit-il être compétent sur tous supports?

- C) Quel degré de concuralliance/coopétition l’Europe (sous le prisme des politiques publiques et des accords inter-entreprises) doit-elle développer en regard de politiques protectionnistes (que ne bafouent pas la concurrence asiatique ou américaine) ?

A titre d’exemple, si les Etats-Unis développent une politique globale de protection de leurs intérêts politiques et financiers, cela n’empêche pas que les Etats, comme la Californie et le Texas de se concurrencer à l’échelle internationale, comme le soulignait Rick Perry, gouverneur du Texas, en claironnant que la majorité des sociétés du Fortune 500 avaient leur siège social chez lui !

 

(Article complémentaire de Vincent Gollain:) attractivite-des-territoires