My 5 cents sur "French American Conference of Entrepreneurs" (FACE) du 27 & 28 juin 2008

03/07/2008 10:21

L'objectif de cette conférence est né de la volonté de proposer à l'écosystème des Entrepreneurs (eux-mêmes, investisseurs, avocats, institutions) un accès privilégié à l'information, par le biais de conférences, réseaux, rendez-vous d'affaires.

Si l'on regarde la liste prestigieuse des intervenants, il est raisonnable de penser que cette première mission a été rempli avec succès.

Concernant la deuxième étape, à-savoir utiliser ce réseau pour permettre l'éclosion d'un blockbuster (le nouveau Google?), on attendra un petit peu!

De toutes façons, il est clair que ce networking ne sera efficace que si, entre cette conférence et celle prévue à New York en 2009, le lien n'est pas rompu, avec par-exemple un site dédié aux acteurs de cette conférence (avec actualités, suivi des rencontres, partenariats conclus à cette occasion...).

 

 

L'ouverture étant en général réservé aux institutionnels, la tradition a été respectée avec l'intervention de Christine Lagarde, Ministre de l'Economie,

  (source: here)

qui nous confirmé que la France était bien en avance sur les Etats-Unis puisque nous sommes actuellement, dans le cadre de la Loi de Modernisation de l'Economie, en train de débattre de la réalisation du Small Business Act (SBA) en France, initiative existant outre-Atlantique depuis...1953! Il était temps de s'y intéresser d'autant que le pourcentage de commande publique américaine est de 23% (à comparer avec 12% chez nous).

Parmi les autres éléments intéressants de ce SBA pour les PME innovatrices, on notera:

- des délais de paiement inférieurs à 60 jours ;

- la loi TEPA (déjà opérationnelle d'ailleurs) qui permet aux assujettis à l'ISF de déduire 75% des sommes investies dans les PME;

-  un statut de l'entrepreneur qui ne sera taxé qu'au 1er € d Chiffre d'Affaires (et pas dès la constitution de la société);

 

Si je crois que ce type de mesures va dans le bon sens, reste à savoir si ces mesures seront suffisantes pour permettre l'éclosion d'un futur acteur majeur français, dans le high-tech ou le développement durable. Hors Venture Capitalists français, l'implication du secteur privé, le CAC 40 par-exemple, reste très marginale dans l'accompagnement ou le cycle de vie des start-ups.

Autre préoccupation pas forcément évoquée lors de ce colloque réside aussi dans le fait que les projets gaulois n'ayant souvent qu'une ambition nationale, voire européenne, comment ensuite prétendre rayonner à l'échelle mondiale. C'est sûr que tout projet débutant bien aux Etats-Unis est assuré d'une audience potentielle de plus de 300 millions de personnes. D'ailleurs, un des intervenants notait que 80% des sociétés françaises qui allaient aux Etats-Unis échouaient dans leur entreprise et que 70% des sociétés françaises qui avaient investi en 2007 ne recommençaient pas en 2008!

 

En guise de "Success Story", nous eûmes droit au témoignage décontracté de Martin Eberhard, fondateur de Tesla Motors

(source: Tesla website)

L'objectif pour Martin était de construire un projet de développement durable (en tout cas éco-responsable) de haute technologie. Pestant contre la hausse du prix de l'essence et de la dépendance à son égard, il eut l'idée de ce projet de voiture électrique. 

Dans ce secteur, renié jusqu'à il y a peu par les grands constructeurs, comme General Motors qui avait stoppé la commercialisation d'une voiture électrique (ou plutôt d'un pot de yaourt électrique, vu le désign tendance voiturette sans permis), il voulait travailler sur le concept d'une voiture de sport réellement sexy et électrique.

En termes de budget, les sommes investies sont sans commune mesure avec un projet web de widget ou de réseau social on-demand, comme le prouvent les rounds de VC qui se sont succédés:

Les conseils de Martin pour les pousses d'entrepreneurs sont:

1) "Do something worthwhile" (green-tech ou clean-tech et pas les OGM j'imagine)

2) "Be bold" (ne pas éviter les problèmes, souvent plus formateurs)

3) Think your idea through

4) Build your company too

5) Face reality

6) Hire the best people

7) Aggressively follow all leads

8) Understand investors' motives

 

Ce dernier point, ie gestion des VCs, prend tout son sens lorsqu'on sait en janvier 2008, Martin a été débarqué de la société qu'il a créé!

Alors, pas de Happy End pour Martin?

- Si on raisonnait à la française, on dirait qu'il a lamentablement échoué puisqu'il a été sorti du projet.

-  A l'américaine, on dira plutôt qu'il a monté un projet très innovant, réussi à lever 105 Millions $, garde toujours des actions de la société

et est rentré dans le cercle restreint des Serial Entrepreneurs (et pas forcément des chefs d'entreprises), ce qui lui ouvrira très certainement des portes pour tout prochain projet ambitieux.

 

Concernant la suite de l'événement, un medley de petites phrases certes mais, comme prononcées par des personnalités de l'Internet, j'imagine qu'elles sont à méditer:

Reid Hoffman, tout d'abord, EVP de PAyPal puis fondateur de Linkedin déclare:

"If you grow, you will make errors. Be sure though that they are no lethal."

  Reid Hofman (gauche) et Jeff Clavier (droite) - Source FACE

 

Kevin Ryan, ex CEO de DoubleClick, qui indique que même si une division a un poids important dans votre Chiffre d'Affaires, il ne faut pas hésiter à la vendre si la rentabilité est absente. Ce qu'il fit d'ailleurs en 2000 avec la régie publicitaire de DoubleClick, vendue alors qu'elle représentait 60% de son CA de l'époque!

 

Alain Azan, Président de Sofinnova Ventures Inc, dont le fond est passé de 6 million $ géré à  1 milliard $, pense (ironiquement?) que:

"If you can make it in Paris, you can make it anywhere".

Concernant les critères d'excellence pour un projet, j'avoue qu'il ne prend pas de risques puisqu'il met en avant:

la qualité du management ansi que sa capacité à s'adapter.

 

Enfin, Last but no least, entendu lors de la session de workshop du Samedi matin de la bouche de Raymond NASR, ex-porte-parole de Yahoo, Apple et Google, qui (en plus de ressembler à un personnage de la série Sex & the City) a un charisme phénoménal et un enthousiasme décapant.

(source; FACE)

 

Bref, la clé du succès pour s'implanter aux Etats-Unis est, selon lui:

1) Of course, the customer is right but he does not know what he needs

2) World is flat => meaning that everywhere, people are chaating at the same moment about the same topic 

3) The NIH (Not Invented Here) syndrome that you might find in the US if you're an outsider. So, to avoid that, make your product unique.

4) Improve you product in the open => you'll create a better buzz

 

Une dernière citation de Larry Sanger, philosophe et un des fondateurs de Wikipedia, lorsqu'on lui demandait comment faire du business aux USA fut:

"I think I'm not in the right panel"!

On était effectivement un peu loin de l'épistémologie, son champ de recherche favori...